Club Parlementaire du numérique

  • Increase font size
  • Default font size
  • Decrease font size
Home Telecom Sébastien Soriano, quand les maths s’invitent en politique

Sébastien Soriano, quand les maths s’invitent en politique

Envoyer Imprimer PDF

A 36 ans, Sébastien Soriano est le directeur de cabinet de Fleur Pellerin, en charge d’un portefeuille à la fois vaste et réservé aux spécialistes. Une mission dont il veut s’acquitter avec exigence et humilité.


Sébastien Soriano ouvre grand la porte de son bureau, le sourire engageant. Il « tient la boutique » lorsque la ministre est en déplacement nous explique-t-il. Pourtant, c’est lui que nous sommes venus voir. En effet, la réputation du nouveau directeur de cabinet fleure comme un baume, tant ses pairs s’accordent à lui reconnaître une véritable maîtrise des sujets du numérique.

Mais Sébastien Soriano nous arrête d’emblée : « le portefeuille forme une chaîne qui part des PME en passant par l’innovation et s’ouvre sur le numérique ». Une hiérarchie que son cabinet respecte dans l’agenda ministériel. 

 Très tôt passionné de mathématiques pures, il intègre polytechnique pour mieux s’adonner à cette passion, délaissant alors les sciences de l’ingénieur généralement choisies par les taupins. Grand admirateur de Laurent Schwartz, il aurait rêvé, à l’image de l’inventeur de la théorie des distributions – dont il nous épargne l’explication –  de poursuivre une carrière universitaire tout en s’investissant dans la vie de la Cité. La politique est alors sa seconde passion et Sébastien Soriano nous rappelle que le profil de l’intellectuel engagé n’est pas l’apanage des sciences humaines. Mais « tout le monde n’étant pas Laurent Schwartz », entre les maths et la politique : il faut choisir. Le jeune diplômé se tourne alors vers la fonction publique et le corps des télécoms.

Il s’engage d’abord au Conseil de la concurrence. Très procédural, l’endroit lui enseignera patience et rigueur. Puis Sébastien Soriano prend le chemin de l’ARCEP. Il y rencontre Paul Champsaur, à la tête de l’Autorité, qui l’impressionne par son humanité et son professionnalisme. « Un grand serviteur de l’État », reconnaît-il. Au cœur du système, il se prend de passion pour le métier de régulateur et développe une vaste culture du numérique. MVNO, fibre optique, baisse des prix des SMS et des tarifs d’itinérance : la palette de son activité lui assure une maîtrise pleine et entière des sujets qui font aujourd’hui son quotidien.

Sur Free, il nous déclare avoir été favorable à l’entrée de la quatrième licence sur le marché du mobile. Mais selon lui, l’impact économique et humain a été sous-estimé et il reconnaît « qu’il aurait fallu davantage poser les conditions de cette entrée et l’accompagner». Quant au déploiement de la fibre, il ne fait aucun doute pour Sébastien Soriano que celui-ci doit être étendu à tous. « Les applications se dévoileront progressivement, assure-t-il, et nous ne pouvons admettre qu’une partie de la population soit tenu à l’écart de ce progrès ».

En 2009, il retrouve le Conseil de la concurrence devenu entre-temps l’Autorité de la concurrence. L’entité a depuis renforcé son armature. C’est là qu’il explore davantage le secteur des PME et acquiert une « vision plus horizontale » du monde économique. Bruno Lasserre, président de l’Autorité, à l’instar de Paul Champsaur, marquera sa carrière par « sa personnalité, son courage et son dévouement au service de l’État ».

Au cours de ces années, Sébastien Soriano s’engage aussi sur le terrain politique. Adhérent du PS depuis 2000, il fait la campagne de Bertrand Delanoë à Paris en tant que simple militant. Il se rapproche alors de Godefroy Beauvallet dont l’exemple l’inspire. Ancien de l’X et membre du cabinet de Michel Sapin, ministre de la fonction publique, c’est l’un des rares ingénieurs du corps des télécoms à s’être engagé politiquement. C’est à cette époque que Jean-Noël Tronc occupe auprès de Lionel Jospin le poste précurseur de conseiller pour les technologies et la société de l’information. Mais la débâcle de la campagne de Lionel Jospin en 2002 le contraint à remettre ses ambitions de cabinets à plus tard.

Le succès des élections de 2012 le propulse à la tête du cabinet de Fleur Pellerin qu’il a accompagné durant toute la campagne présidentielle. Passée la période « extrêmement enthousiasmante » des débuts, le cabinet enchaîne sur les cent premiers jours souvent en « surrégime ». Mais désormais plus serein, il affirme que la « phase opérationnelle et de construction » est maintenant enclenchée. Sébastien Soriano aura attendu dix ans pour réconcilier sa carrière administrative et son engagement politique : « ça valait le coup » nous assure-t-il. Le calcul aura donc été bon.

 

Par Joseph d’Arrast


Mise à jour le Mercredi, 19 Septembre 2012 12:20  

Accès Membres

Vidéos