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Home Actualités du secteur Mars 2010 "Nous entrons dans la troisième période de l'histoire du livre"

"Nous entrons dans la troisième période de l'histoire du livre"

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Entretien avec Yann Gaillard, sénateur de l’Aube, rapporteur de la Commission des finances pour la mission « Culture ».

Concernant la numérisation des fonds patrimoniaux, pourquoi est-il si fondamental de s’inscrire dans le mouvement de numérisation ? Et pourquoi le recours (non-exclusif) à Google est-il « indispensable » ?

Nous entrons bel et bien dans la troisième période de l’histoire du livre. Après le volumen et le codex, voici venu le temps du livre électronique. Je suis convaincu que cette troisième étape de l’histoire du livre est fondamentale. Il faut par conséquent revoir le fonctionnement de nos bibliothèques et numériser les documents que nous possédons : livres, cartes, journaux…

Compte tenu du délai et du coût de réalisation de cette tâche, il est absurde de s’enfermer dans un nationalisme étroit en dénonçant une googlisation du patrimoine. Je suis donc partisan des conclusions du rapport Tessier et je soutiens la position de Bruno Racine. Il n’y a pas de raison de ne pas traiter avec Google. Nous ne perdons pas la propriété des trésors de nos bibliothèques en les numérisant et je ne crois pas que la bibliothèque de Lyon ait fait une si mauvaise affaire. Si nous pouvons trouver un accord équilibré avec Google, je ne vois pas de raison de s’y opposer, si ce n’est que le prestige aurait été plus grand de ne pas recourir à un partenariat avec le privé. Soit, mais nous ne pouvons pas assumer cette tâche seuls. Et l’enjeu est trop important. Nous nous devons d’opter pour un partenariat. La Commission des finances a approuvé mon point de vue au grand dam de la Commission des affaires culturelles qui lance une contre offensive. Je leur avais proposé d’élaborer un rapport commun et me suis heurté à leur refus.

Et concernant le marché du livre, comment voyez-vous l’avenir de l’industrie des appareils de lecture et celui du livre numérique ? Faut-il s’attendre à un vrai basculement du livre papier vers l’usage des fichiers numérisés ?

C’est un point que nous avons abordé dans le rapport, sans pouvoir le cerner totalement. Qui dit livre électronique dit appareil de lecture. Pour le moment, ce marché est naissant. Mais ces technologies proposent des fonctionnalités nouvelles, que n’ont pas les livres. Elles bénéficieront probablement d’un pouvoir de fascination important et ces nouveaux produits se positionneront sur le marché, c’est évident.
La question est ensuite de savoir si le livre papier disparaîtra. Je ne le pense pas. Il y aura une cohabitation entre le livre papier et les tablettes de lecture. Le rapport n’a pas la prétention de dire ce qui va se passer mais suppose que le livre numérique atteindra progressivement  50% du nombre de livre papiers vendus. Globalement, le marché du livre sera en croissance car, comme dit le rapport, il est vraisemblable que la cannibalisation du livre papier par le livre numérique ne se réalisera que partiellement.

Les éditeurs français sont inquiets : dans quelle mesure le système de rémunération serait-il affecté ? Et dans quelle mesure le risque de remise en cause de la diversité éditoriale est-il avéré ?

Quand nous avons commencé notre étude, il y a un an, nous avons auditionné les syndicats de libraires, d’éditeurs…Aucun n’a évoqué la question du système de rémunération. Pourquoi ? Leur prise de position n’est pas d’une grande clarté. Certes, il serait préférable d’avoir plusieurs sociétés investies dans l’édition numérique pour éviter les positions monopolistiques, mais les éditeurs sont encore les mieux placés pour se lancer sur ce marché. C’est à eux de faire en sorte qu’il n’y ait pas de monopole et d’assurer la diversité éditoriale. Ils envisagent certainement d’avoir des départements numériques mais ne nous ont pas laissé entendre cette intention. Sont-ils en retard sur l’événement ? Quoi qu’il en soit, ce n’est pas à l’Etat d’empêcher l’émergence d’éditeurs numériques qui occuperaient des positions dominantes.

Propos recueillis par Armel Forest

Mise à jour le Mercredi, 10 Mars 2010 11:48  

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