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Home Actualités du secteur Septembre 2010 Afrique : une fracture numérique plus large

Afrique : une fracture numérique plus large

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Entretien avec Jean Pouly, Directeur de l’Agence mondiale de solidarité numérique


Quel est l’état de la fracture numérique entre l’occident et les pays d’Afrique en voie de développement ?

En France, quand il est question de fracture numérique, les problématiques de couverture et d’accès au haut-débit sont évoquées. En Afrique, cette même fracture existe, mais elle est plus large car elle concerne tout le champ du numérique.

Non seulement le déploiement des réseaux mais surtout les questions de capacité, d’accès au matériel et à la formation. Conséquence : le déficit d’accès à l’information déjà conséquent avant la généralisation d’Internet a tendance à s’accentuer si bien que l’on évoque aujourd’hui la fameuse règle du 80/20, emblématique des grands déséquilibres mondiaux. En l’occurrence, 80% des utilisateurs d’Internet ne représentent que 20% de la population mondiale. Cette proportion est évidemment insuffisante si l’on veut répondre aux objectifs du millénaire pour le développement.

 

« 80% des utilisateurs d’Internet ne représentent que 20% de la population mondiale »

Plus précisément. Quel est l’Etat des lieux ?

 

En superposant la carte de la population d’Afrique (essentiellement côtière), celle de l’accès à l’électricité et une troisième de l’accès à internet, on peut constater leur similarité. C’est donc l’intérieur du continent qui est le plus étranger à la révolution numérique.

Les stratégies de couverture sont actuellement suivies par l’Union Internationale des Télécoms (ITU). Le câble sous-marin ouest-africain va être complété par un câble est-africain, actuellement en construction et en partie financé par l’Agence Française de Développement (AFD). Quand à la téléphonie, son taux de pénétration est actuellement de 30% sur le continent africain. On observe à ce titre qu’une grande partie du continent est passée directement au mobile sans connaître l’étape du cuivre. L généralisation de la connexion au téléphone et à Internet se fera donc vraisemblablement grâce aux technologies mobiles. Ces avancées seront déterminantes car il est aujourd’hui admis qu’un point de télédensité (1) équivaut à un point de PIB.

 

« Un programme d’éducation numérique pour l’Afrique »

 

Déploiement des réseaux, accès au matériel et à la formation sont les grands remèdes pour résorber la fracture numérique. Sur quel levier agissez-vous en priorité ?

A l’agence, nous ne menons pas directement des actions en faveur de la couverture ou de l’accès à Internet.

Ce qui nous préoccupe, c’est la corrélation étroite qui existe entre l’éducation, la formation et le développement économique. Quand un pays en développement marque des points dans ces domaines, il est en mesure de s’extraire du cercle des pays les moins développés en 15 à 20 années. Nous avons donc lancé avec la France un programme d’éducation numérique pour l’Afrique. C’est Alain Madelin, alors président du Fonds de solidarité numérique (FSN) qui l’a initié, à la demande du président de la République. Il prend maintenant son envol pour la période 2010-2015, avec l’appui d’une délégation interministérielle à l’éducation numérique en Afrique.

 

Quels partenaires recherchez-vous ?

Alain Madelin a souhaité que ce projet soit réalisé grâce à la coopération décentralisée et sous forme de jumelages numériques. En France, on compte actuellement environ 5000 tableaux numériques, ce qui nous classe 24ème sur 27 pays européens… Nous sommes donc dans une dynamique d’équipement propice au montage de jumelages numériques qui peuvent se greffer aux quelque 720 jumelages déjà existants.

 

Pourquoi parlez-vous de tableau numérique ? Qu’est ce que cette technologie peut apporter ?

Avec la révolution numérique, les contenus éducatifs peuvent être dématérialisés, modifiés et transmis avec un coût marginal de reproduction proche de zéro. Il faut saisir cette opportunité. Le meilleur du savoir mondial peut désormais tenir sur une clef USB et parvenir aux écoles les plus reculées sans qu’une connexion Internet soit nécessaire. Pour que ce dispositif soir vraiment opérationnel, nous travaillons à la formation des enseignants et au développement de deux outils indispensables et onéreux : un logiciel de tableau numérique et un éditeur de contenus universels, indispensables pour la mise en place d’un écosystème d’enseignants basé sur le partage et la modification des contenus. Avec les produits actuellement sur le marché, ce n’est pas envisageable.

Ces outils, nous en sommes convaincus, sont de véritables leviers pour le développement. C’est pourquoi nous avons décliné notre projet en deux volets : l’éducation primaire et la formation professionnelle. Car il y a en Afrique un fort déficit de compétences alors que la jeunesse y est abondante.

 

L’éducation et la formation professionnelle sont-elles vos seuls objectifs ?

L’autre chantier que nous avons ouvert est celui du réemploi et du recyclage du matériel informatique.

En Europe, sur le plan comptable, le matériel est amorti en trois ans alors que sa durée de vie est supérieure. Il s’agit donc de mettre en place un écosystème de réemploi solidaire et durable du matériel informatique. Nous avons lancé pour cela le label “Ordinateurs Solidaires“.

 

Et concernant le traitement des déchets informatiques… ?

On ne peut pas d’un côté faire la promotion du numérique pour le développement sans s’attaquer à ce problème massif. On dénombre environ 4 milliards de téléphones portables dans le monde et bientôt 2 milliards d’ordinateurs. Inutile de préciser que ces chiffres ne cessent de croître. Alors que l’export des déchets est interdit, une machine sur deux environ est expédiée illégalement vers l’Afrique qui ne dispose pas des structures adéquates pour traiter ces déchets. Ils contiennent à la fois des matières valorisables (or, cuivre, aluminium)…mais aussi des produits dangereux. L’Agence travaille donc avec l’AFD et ses partenaires industriels à mettre en place des centres de traitement appropriés et sécurisés.

 

(1) : Nombre de lignes téléphoniques et de connexions à Internet au Km2

Mise à jour le Mercredi, 29 Septembre 2010 12:35  

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